lundi 31 mai 2010

Le bonheur d'être parent.


Comme les années précédentes, je participe à la Semaine des Parents, avec une seule animation cette fois : c'est demain, à Bohain, au Centre socio-culturel Fabrice Tupet, 14 rue de la République, sur le thème "Le bonheur d'être parent", évidemment. C'est ouvert à tous, je vous y attends, à partir de 20h00.

dimanche 30 mai 2010

Article de presse.


Denis Mahaffey m'a transmis cet article de presse consacré à une récente conférence sur le racisme, à Soissons (l'édition de Saint-Quentin est différente). Il en est l'auteur.

Week-end.




Vendredi soir, c'était la Fête des Voisins (vignette 1, l'équipe du multiplexe, qui a aidé à la bonne tenue de la manifestation). Au départ, le grand hall du cinéma était un peu vide. Les adjoints au maire attendaient, et moi aussi. Finalement, nous avons eu une petite quarantaine de spectateurs pour le film du même titre que l'opération. C'était une première. Il faudra revoir l'organisation pour l'an prochain.

Comme la nourriture ne manquait pas, nous avons offert à tous le repas. Le bord du canal, initialement prévu, était un peu frisquet. C'est dans l'entrée du cinéma que nous avons ripaillé, à une trentaine. L'original, c'est qu'aucuns n'étaient voisins, sauf de table ! J'ai enfilé un tablier pour me mettre au goût du jour (ou plutôt de la nuit). A la fin, je me suis tapé un petit délire comme je les aime, en lançant aux convives ballons, tee-shirts, gâteaux et même serviettes en papier, sous le regard halluciné des spectateurs dans la file d'attente. C'est fou ce que les êtres humains sont prêts à prendre n'importe quoi quand c'est gratos.

Samedi, je suis redevenu sérieux. Il y avait un café philo à animer dans le magnifique Fort de Condé, à l'occasion de la Biennale (vignette 2). J'y participe en tant que Ligue de l'enseignement : nous accueillons des classes. J'ai voulu marqué le coup, la journée du vernissage, par un café philo sur l'art. Pari réussi : les habitués ont fait le déplacement et quelques nouveaux se sont agrégés. Puis est venu le moment des discours officiels et du cocktail. J'avoue que le petit délire m'a repris : la ruée vers le champagne et les mignardises est un grand moment de vérité, l'une des meilleures expressions de la comédie humaine. A ne pas manquer.

samedi 29 mai 2010

Mon lycée en premier.



De la dernière livraison de LHM-Flash, je retiens surtout le 1er prix de la critique cinématographique du jury jeune, remporté par trois élèves du lycée : Marie, Justine et Victoria (en bas de la vignette 1).

Et puis, en sport, c'est l'équipe de gymnastique artistique qui a remporté le championnat de France à Clermont-Ferrand (en bas de la vignette 2). Trois de mes élèves en étaient : Camille (TL1), Mélanie et Mathilde (TSV).

vendredi 28 mai 2010

jeudi 27 mai 2010

Tu viens voisin ?



Initialement, la Fête des Voisins, ce n'était pas trop mon truc. Est-ce parce que quelqu'un est mon voisin que je dois nécessairement sympathiser avec lui ? Je ne crois pas. Son regard peut exercer aussi une sorte de tyrannie. Et puis j'ai réfléchi : tout compte fait, je trouve maintenant l'initiative sympa. Surtout, il y a dans le bon voisinage quelque chose qui a rapport avec la citoyenneté et même la civilisation.

C'est pourquoi j'organise demain une manifestation dans ce cadre-là, à laquelle je vous invite bien sûr très cordialement. Rendez-vous à 19h00 au cinéma multiplexe pour la projection du film spécialement concocté pour le 10ème anniversaire de l'opération et qui porte évidemment le même nom. Puis un apéro (mais pas géant !) sera offert sur les bords du canal, où nous pourrons aussi pique-niquer. S'il fait mauvais temps, venez quand même : nous nous replierons dans le hall du multiplexe. Alors, tu viens voisin ?

mercredi 26 mai 2010

Hugo philosophe.




Dernière conférence de la saison 2 009-2 010 (je suis entré, jusqu'en fin juin, dans la période des dernières !) devant l'UTL de Cambrai, avec l'inévitable photo de groupe (vignette 1). Mais ce n'est qu'un au revoir ! Nous avons déjà établi le calendrier de mes interventions en 2 010-2 011.

Aujourd'hui, je me suis lancé dans une lecture philosophique des Misérables. Eh oui ! J'ai donc passé une partie du week-end heureusement prolongé à relire les 2 000 pages du roman de Victor Hugo. Relire ou plutôt parcourir, pour repérer les passages qu'on peut qualifier de philosophiques (vignette 2).

Mais qu'y a-t-il justement de philosophique dans ce récit populaire ? Les personnages d'abord : les péripéties de Jean Valjean sont fréquemment accompagnées de réflexions sur le bien et le mal, le néant et l'infini ; Javert symbolise la morale et la loi qui se retournent contre elles-mêmes ; Thénardier est désigné comme un "filousophe", Gavroche comme un "Rabelais petit". Plusieurs chapitres interrompent l'action pour la méditation : ainsi le développement important sur le système du couvent.

Hugo n'est pas athée, ni panthéiste ou hédoniste. Il partage une certaine foi, il défend l'idée de Dieu, qui signifie chez lui le mystère de l'infini, celui de l'univers comme celui de la conscience humaine. C'est une belle réflexion sur le peuple, la justice, la société, l'amour et bien d'autres thèmes encore. J'ai lu de nombreux passages devant mes étudiants, et j'avoue avoir été ému, ce qui m'arrive pourtant peu souvent.

mardi 25 mai 2010

L'un part, l'autre vient.


L'un va partir, l'autre va arriver : après 17 ans à la tête de mon lycée, le proviseur va s'en aller. Je suis entré à Henri-Martin presque en même temps que lui, seulement un an plus tard. C'était mon premier poste. Je suis resté. Lui nous quitte pour la retraite, moi je continue pour encore longtemps. Une page de l'histoire du lycée se tourne, c'est sûr. Un chef d'établissement laisse toujours son empreinte.

L'article ci-dessus a été affiché en salle des profs. Les conjectures vont bon train, nous sommes comme des élèves qui attendraient un nouvel enseignant, dans un mélange d'espoir et de crainte. Comme va-t-il être ? Qui est-il exactement ? Son visage, son regard, sa moue, son costume donnent lieu à des observations psycho-morphologiques qui ne nous en apprennent pas plus. Il faudra patienter jusqu'en septembre !

lundi 24 mai 2010

LHM-Flash n° 44.




Voilà avec un peu de retard la dernière lettre d'information de mon lycée, que je vous livre moins pour vous informer que vous montrer les nombres activités extra-scolaires. Car un lycée, ce n'est pas que des profs qui font cours et des élèves qui notent ...

dimanche 23 mai 2010

Une idée de livre.


Mercredi dernier, à l'UTL de Cambrai, j'ai donné une conférence inédite et je crois originale : une réflexion sur le phénomène contemporain des Cafés Philo et plus généralement sur l'engouement actuel pour la discipline, en allant chercher ses origines très loin dans l'histoire de la pensée. Si inédite et originale (je n'ai jamais rien lu là-dessus) que je serai presque tenté d'en faire un livre, d'autant que nous fêterons en 2012 les vingt ans de la création du premier Café Philo (celui des Phares à Paris). L'anniversaire fait l'occasion, comme l'occasion fait le larron !

Ma thèse, c'est que la philosophie, de réputation élitiste, doit répondre dès ses origines à une demande populaire qu'on ne trouve pas toujours dans les arts ou les sciences. Tout commence avec Socrate, qui fait redescendre la réflexion du ciel sur terre, en délaissant les cosmologies de ses prédécesseurs pour s'intéresser à l'homme et à la question éthique.

A la même époque, les Sophistes, peu appréciés par Platon dont la pratique philosophique est au sens propre aristocratique, mettent leur savoir et leur rhétorique au service de la Cité, sous condition de rémunération. A la suite, les écoles épicurienne, stoïcienne et cynique s'ouvrent aux esclaves et parfois aux femmes. La popularisation de la philosophie est en marche.

A l'époque classique, Descartes fait date en publiant son Discours de la Méthode en langue française, alors que la philosophie de l'époque et des siècles précédents s'exprimait dans le langage des clercs, le latin. De Montaigne jusqu'à Diderot se développe une philosophie à la française, claire, concrète, abordable, qui plaisait tant à Nietzsche, et que viendra contrarier, à l'époque moderne, la philosophie allemande ésotérique aux communs des mortels, avec en tête les immortels Kant et Hegel. Marx corrigera cette dérive en publiant son Manifeste, un ouvrage philosophique en direction des ouvriers instruits, le livre le plus lu après la Bible, dit-on.

Dans l'après-guerre, Sartre et Beauvoir peopolise avant la lettre leur couple philosophique qu'on retrouve dans les cafés à la mode. Les existentialistes dominent la vie nocturne de Saint-Germain, les boîtes, le jazz, Gréco et Vian. La philo sort de la Sorbonne et des bibiothèques pour causer, swinger et dans les années 60 s'engager, Sartre montant sur son tonneau devant les ouvriers de Billancourt.

Dans les années 70, la philosophie entre dans les studios de télévision, devient médiatique. C'est le phénomène éditorial des "nouveaux philosophes", BHL et Glucksmann en tête, lancés par le très regardé Apostrophes. Puis viendra, dans les années 1980 et 1990, le temps des grands pédagogues : André Comte-Sponville (dont j'ai eu l'honneur d'être l'étudiant), Luc Ferry, Michel Onfray.

Aujourd'hui, la philo est partout alors qu'elle était autrefois réservée à des cercles privilégiés. Depuis 2 006, elle a même son mensuel, comme il y a un magazine de la pêche ou du jardinage ! Je pense que c'est formidable. Mais des collègues s'en inquiètent : la philosophie n'est-elle pas ainsi dénaturée, pourquoi pas prostituée ? Je ne crois pas. Les profs de philo devraient être fiers que leur matière soit ainsi popularisée.

samedi 22 mai 2010

Strip-tease au Café Philo !


Jeudi dernier, c'était Café Philo, avec un beau sujet puisqu'il portait sur la beauté, d'inspiration dostoïevskienne : La beauté peut-elle sauver le monde ? Un beau public, de belles interventions, mais aussi un incident, pas grave quoique marquant, inédit en son genre depuis douze ans que je mène ces animations.

Une dame, du type blonde sexy, s'est pointée quelque peu alcoolisée, se mêlant à la conversation. Rien jusque là de bien choquant ou d'embêtant : in vino veritas, mais pas trop quand même ! Il n'est pas étonnant de rencontrer dans un café des clients éméchés. Les voir intervenir ne me déplaît pas vraiment. Leur esprit un peu gris ne les interdit pas de parole. J'ai déjà été confronté à ce cas, parfois un peu lourd, qu'il faut donc prendre légèrement, passer le micro au disciple de Bacchus avant d'être celui de Platon, satisfaire son besoin d'épanchement et reprendre le cours normal du Café Philo.

Mais jeudi, le souci était que la dame, sans doute émoustillée par le sujet et peu sensible à ses présupposés philosophiques, a carrément voulu se déshabiller ! Elle avait probablement en tête de payer de son corps pour illustrer nos abstraites réflexions. Heureusement, elle s'est contentée de relever sa jupe jusqu'en haut d'une cuisse, pour nous faire apprécier la beauté d'un tatouage dessinant une jarretière. Certains messieurs ont regretté que la démonstration ne soit pas allée à son terme. Quelqu'un a soupiré, encore inspiré par la question : c'est pas beau une femme qui a bu.

Je ne sais pas si la classique remarque est vraie, mais j'ai dû déplorer par la suite que c'est assez chiant une personne qui a forcé sur la bouteille. Car la dame, que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam, ne s'est pas arrêtée là, a monopolisé le micro que je lui avais, bon prince et mauvais tacticien, confié. Elle ne s'est pas contentée de parler, faisant des remarques sur la plastique des autres dames, mais passant des mots aux gestes, elle a légèrement caressé les seins d'une participante, comme pour souligner leur beauté (toujours ce besoin d'illustrer concrètement notre sujet !).

Par bonheur, la victime ne s'en est pas formalisée. Je me suis fait un peu menaçant, j'ai manifesté mon irritation de ce qui au départ n'était qu'un amusant aparté. Car l'alcool abuse de la situation, se fait insistant. Le patron est venu mettre un terme à la petite comédie qui aurait peut-être pu mal tourner. Ouf c'était fini !

vendredi 21 mai 2010

Le prof fait les poubelles.


En fin de cours, il y a parfois un phénomène étrange qui se produit : des élèves, au moment de sortir, passent devant mon bureau et jettent un papier dans la corbeille. Quand ils sont plusieurs à répéter ce geste, je le remarque. Même quand un seul le fait, je m'étonne. Pourquoi ? Précisément parce que je me demande pourquoi !

Réfléchissez : un élève doit se débarrasser d'un papier. Ces choses-là arrivent, à moi aussi. Mais pourquoi le jeter après le cours, et pas avant (ce serait plus logique) ? Comme il y a toujours une logique dans le comportement humain, j'essaie de trouver laquelle. Et je m'interroge : le papier jeté n'a-t-il pas un rapport avec la classe, la salle, le cours, bref la situation dans laquelle se trouve l'élève ? Normalement non. Pourquoi ? Parce que pendant un cours, l'élève regarde, écoute, note et éventuellement réfléchit. Cette activité n'oblige nullement à se séparer d'un papier une fois terminée.

Alors quoi ? Il faut bien supposer que l'élève a fait autre chose pendant ce temps-là : par exemple dessiner ou griffonner sur ce papier, qui ne lui sera d'aucune utilité et qu'il mettra donc dans la corbeille en sortant. L'explication devient logique. Sauf que l'élève prend un petit risque : celui de se manifester à mon attention, de piquer ma curiosité et de m'amener à faire les poubelles pour vérifier si mon hypothèse est exacte.

Mais là encore il y a une logique à tout : je me suis toujours demandé si ce geste qui consiste à mettre ostensiblement un papier roulé en boule au panier n'est pas un acte manqué, un lapsus révélateur, une sorte de provocation, une façon silencieuse pour l'élève d'exprimer son rejet du cours en passant de la pensée à l'acte. Ce n'est pas impossible. Un indice conforte cette théorie : les papiers en question sont rarement déchirés en menus morceaux mais froissés, en une sorte de rituel, comme si l'élève, par ce geste sacrilège, cherchait à me froisser à mon tour.

Peut-être même me pousse-t-il au crime, en m'incitant par ce manque élémentaire de précaution à récupérer le papier et à le défroisser pour constater le délit (scolairement parlant bien sûr). C'est en tout cas ce que j'ai fait ce matin, d'autant que le papier n'était pas froissé mais seulement plié. J'avoue que ma curiosité a été la plus forte, et la tentation très grande. Vous avez en vignette l'objet du contentieux, assez magnifique, et corroborant mes soupçons. Etudions-le ensemble :

A gauche, au bord de la feuille, vous remarquez un sujet de dissertation, que nous avons traité cette semaine : que peut-on attendre de l'Etat ? L'élève est allé jusqu'à cet effort-là. Et puis il a dessiné, transformant mon cours de philosophie en séance d'arts plastiques, dont chacun appréciera la qualité. En mal d'inspiration, il y a des courbes noires et rouges et dans un coin une petite figure géométrique assez complexe, propice à combattre l'ennui et la lourdeur du temps qui ne passe pas.

Il y a aussi un exercice de signatures, à six reprises, signe d'une adolescence qui cherche ses marques, qui est en quête d'identité. Il y a enfin, splendide créature, un diable très ressemblant dont le modèle n'a je n'espère pas été donné par l'enseignant que je suis. Les cornes ne laissent aucun doute sur le maléfique personnage, un ange déchu probablement puisqu'il a gardé ses ailes. Les mains se terminent en drôles de pognes, l'entre-jambe est occupé par un sexe qui s'écoule, signe d'adolescente lubricité.

Une touche poétique vient compléter le tableau, avec la désignation de la partie intime, nommée "grosse montagne". C'est finalement gentil pour un esprit obscène. Voilà ce qui m'encourage à continuer de faire les poubelles. On y apprend beaucoup de choses sur les élèves, on y apprend aussi l'humilité sur son propre enseignement.

jeudi 20 mai 2010

Ca devient sérieux.



Ça devient sérieux : j'ai distribué aujourd'hui à mes élèves les convocations du bac et les instructions pour l'épreuve (voir vignette ci-dessus). Le compte à rebours est commencé.

mercredi 19 mai 2010

"Lost" dans Télérama.




Ci-dessus l'article sur "Lost", paru dans Télérama de cette semaine. La journaliste, Isabelle Poitte, m'a sollicité pour sa rédaction. Vous pouvez retrouver mon analyse complète dans le billet du 26 avril. Et pour ceux qui ne savent pas : "Lost", c'est ce soir, à 23h00, sur TF1 !

mardi 18 mai 2010

"D'une seule voix".


Très bon Ciné Philo hier soir, une belle salle d'environ 80 entrées. Pourtant le film, "D'une seule voix", ne m'emballait pas au départ : un docu sur une chorale mêlant israéliens et palestiniens, ça pouvait tomber dans le peace and love gnangnan. Et puis non, c'est une réussite, largement éclairée pendant le débat par son sympathique réalisateur, Xavier de Lauzanne (en photo).

Pour une fois, j'ai entamé le débat sans m'adresser directement au public, à qui il faut un temps de réadaptation au sortir d'un film et quand les lumières reviennent. Je me suis donc lancé dans une petite interview de notre invité, en dix rapides minutes, sorte de mise en bouche avant intervention de la salle.

Je suis parti essentiellement de la critique plutôt mitigée du Monde, qui reproche au film d'évacuer la politique et de laisser croire que la musique adoucirait les moeurs et réglerait les maux. Non, Xavier de Lauzanne a expliqué avec conviction que son film n'était pas onirique mais politique : en montrant une autre façon de faire de la politique, par le réveil et le rapprochement des consciences.

Finalement, tout ça m'a emballé.

lundi 17 mai 2010

17 mai - 17 juin.



Vignette 1 : hier, passant devant la Sorbonne lors de la promenade Jean-Paul Sartre, je n'ai pas pu m'empêcher de dire quelques mots sur cette digne Université qui a fait de moi ce que je suis, professeur de philosophie.

Vignette 2 : non loin de la Closerie des Lilas, très fréquentée par Sartre, je confie à mon public que j'y ai aperçu, dans un bref coup d'oeil, une personnalité, l'architecte soixante-huitard Roland Castro.

Ce matin, un policier est venu faire un véritable cours d'éducation civique devant ma classe. C'était parfait, et pas du tout ce qu'on imagine quand on se représente un policier. Je pense même que cet homme est un pédagogue refoulé.

En cours en demi-groupe, deux élèves ont eu droit à mes foudres, pour inattention. J'ai pourtant prévenu : 17 mai - 17 juin, c'est dans un mois le bac. Je ne laisse rien passer durant cette période où chacun doit être extrêmement concentré, où certains sont au contraire beaucoup trop relâchés.

dimanche 16 mai 2010

Sartre again.









Vignette 1 : à nouveau la promenade Sartre à Paris, mais cette fois avec mes étudiantes de l'IUTA de Laon et sous le soleil. Après le Café Philo, nous avons déjeuné aux Phares. Excellent !

Vignette 2 : Julien, notre serveur des Phares, a un très philosophique tatouage. Aurait-il été gagné par la sagesse antique ? Non, mais après son divorce !

Vignette 3 : la photo officielle du groupe, sur les marches du Luxembourg, au même endroit qu'avec les élèves le dernier dimanche de mars.

Vignette 4 : j'ai reposé en fin de trajet le questionnaire, et c'est Brigitte qui a gagné à la question chargée de départager les trois ex aequo : quel était le numéro du dernier appartement de Sartre boulevard Edgar-Quinet ? Le 29 bien évidemment !

samedi 15 mai 2010

Une douce hystérie.


Je suis tombé, dans Libé de ce matin, sur cette intéressante tribune d'un collège de philo. Eh oui, nous allons entrer dès la semaine prochaine, à bientôt un mois du terrible bac, dans une douce hystérie.

Les enseignants ne vont plus penser qu'à boucler leur programme comme si c'était une ceinture. Les élèves ne vont plus songer qu'à réviser comme s'il ne fallait pas le faire tout au long de l'année. Les parents vont se ronger les sangs en recourant à des cours particuliers fort onéreux, comme si l'enseignement public et gratuit que reçoivent leurs enfants ne suffisait pas. L'administration va sonner la mobilisation générale, commencer à se mettre sur le pied de guerre et démarrer son énorme machine à faire des bacheliers.

Les médias vont distiller cette douce hystérie par épisodes, avec des articles et reportages sur les traditionnels conseils pour affronter l'épreuve, puis les directs la veille et le jour du fatidique examen, enfin lors des résultats, avec les élèves qui pleurent de peine ou de joie et les parents qui redeviennent à ce moment-là des adolescents.

Je vous raconterai un jour mon bac. C'était en 1979, à Tarbes, à la fois sérieux, discret et banal. Je n'ai rien vécu de tout ce qu'on connaît aujourd'hui, qui alors n'existait pas. Le bac est devenu un événement national indispensable, tragédie ou comédie. Mais pourquoi ?

vendredi 14 mai 2010

Debriefing.


Le site philo-paris.com est le second initié par le Café Philo des Phares. Gunter Gorhan a fait figurer ses réflexions et les miennes sur notre séance "Un point c'est tout". Je vous invite à vous y reporter. Si je vous en parle, c'est surtout parce que je suis tombé, dans la partie commentaires, sur deux points de vue concernant mon animation, que je vous livre :

"Monsieur Mousset m'est apparu comme un animateur plaisant, avec une capacité d'écoute qui est fort agréable, dommage que le débat ait mis un peu trop de temps à s'installer". Alain.

"Le problème est que ce monsieur [moi] n'a rien apporté, et c'est pour ça que le débat n'a pas seulement pris du temps à s'installer (...) mais il est retombé aussitôt dans quelque chose d'assez ennuyeux". Grün.

Après chacune de mes animations philo, après chaque activité publique en général, je suis demandeur de réactions extérieures, étant incapable de juger moi-même mon propre travail (j'ai quand même quelques intuitions, mais je m'en méfie : le meilleur juge, c'est celui à qui s'adresse l'animation). Ce n'est pas sans difficulté : il y a ceux qui n'osent pas faire de reproches par courtoisie, il y a ceux qui vous reprochent n'importe quoi de façon compulsive. La critique honnête, objective est un art malaisé et pourtant indispensable à mes progrès.

Au sortir du dernier Café Philo des Phares, une partie du public venue me voir était plutôt enthousiaste. Mais je méfie à nouveau : il ne faut pas en rester à l'expression des approbations, qui cache les désaccords ou les hostilités, qui eux ne se révèlent pas ouvertement. Bref c'est compliqué. Et pourtant un debriefing est pour moi inévitable. Que répondre aux deux remarques postées sur le site, non pas pour me défendre (je respecte l'une et l'autre dans leur sincérité) mais pour m'expliquer ?

J'écarte d'emblée les appréciations positives, qui ne m'apportent rien, qu'elles soient vraies ou fausses. Ce qui m'intéresse, c'est la dénonciation des défauts, qu'il faut corriger. Je ne sais pas si le débat a mis trop de temps à s'installer. L'essentiel pour moi est qu'il se soit installé. Mais à quel moment un débat s'installe-t-il vraiment ? Dès le départ, dès les premières remarques apparemment les plus insignifiantes. Et par provocation, j'ai envie de dire qu'un débat ne s'installe jamais vraiment, qu'il ne le faut surtout pas : s'installer, c'est trouver sa place, prendre une chaise ou un fauteuil. La philosophie, pas plus que le Fils de Dieu dans les Evangiles, n'a nul endroit où reposer sa tête. Voilà pour Alain.

Quant à Grün, sa critique est beaucoup plus sévère (mais j'aime qu'on me fouette, seulement au sens philosophique !). N'ai-je rien apporté ? En un sens oui : une animation philosophique est, comme le veut l'expression, une mise en mouvement ; ce sont les participants qui apportent fondamentalement quelque chose, l'animateur ayant pour rôle de les y encourager (et ce n'est pas une mince tâche !). A la différence d'autres animateurs, je suis assez peu directif, j'ai assez peu recours à des références philosophiques développées. Qui a raison, qui a tort ? Tout le monde et personne. Pourquoi n'y aurait-il qu'une méthode, en quelque sorte canonique, en matière d'animation de café philo ?


En vignette : les sujets du dernier devoir de philo de l'année, distribués il y a quelques jours à mes élèves. On sent vraiment la fin approchée à grands pas.

jeudi 13 mai 2010

Jaloux !


Le Café Philo d'hier soir à Bernot portait sur le thème de la jalousie : Sommes-nous tous jaloux ? En douze ans d'animations de ce type, je crois que c'est la première fois que je traitais de ce sujet. C'est que la jalousie est rarement abordée, encore moins revendiquée. Qui se reconnaît jaloux ? La morale nous a tellement dit que "c'est pas beau d'être jaloux" qu'il y a un tabou qui frappe ce sentiment.

Et pourtant, qui n'est pas jaloux ? Oh bien sûr, nous ne le sommes pas pour n'importe quoi, ni même fréquemment. Mais quand quelque chose nous tient à coeur, nous le devenons très vite. J'ai confié hier au public de quoi j'étais jaloux, d'une folle jalousie, qui me fait enrager et souffrir. Mais je ne vous le dirais pas. Vous n'aviez qu'à être là ! Je vous laisse deviner ou déduire ...

La jalousie est-elle nécessairement un défaut ? L'absence de jalousie à l'égard de la personne qu'on aime peut passer pour une sorte d'indifférence. On est jaloux que de ce à quoi ou à qui l'on tient vraiment. La jalousie est alors une marque d'attachement. Mais ses conséquences peuvent être terribles : la jalousie est possessive jusqu'à la violence, la pathologie (voir le magnifique film de Claude Chabrol, L'enfer).

Nous avons également exploré la jalousie naturelle de l'enfant, au sein de la famille, et même la jalousie des animaux, les chiens ou chats, envers les nourrissons (mais ne faisons-nous pas alors de l'anthropomorphisme ?). N'est-il pas vrai aussi que les oiseaux protègent jalousement leurs petits au nid et que les grands fauves mâles se disputent jalousement les femelles (aucun rapport avec les humains, évidemment ...) ?

De qui exactement est-on jaloux ? De celui qui est plus haut, plus riche, plus beau, plus intelligent que nous et qu'on envie ? Ou bien de celui qui est plus bas mais qui se retrouve, sans raisons légitimes, là où nous aimerions être par notre seul mérite ? Car il y a une proximité, une rivalité dans la jalousie. De ce point de vue, l'admiration dans un cas et la sage résignation dans l'autre seraient des remèdes à ce poison qu'est la jalousie.

Autre piste que nous avons explorée : le besoin de rendre l'autre jaloux, pour qu'on s'intéresse à soi, qu'on prenne de la valeur aux yeux d'autrui. L'être humain est quand même bizarrement fabriqué ! J'ai terminé en évoquant ce dont personne n'a parlé : la jalousie en tant que fenêtre d'où l'on observe incognito. Aucun rapport ? Mais si ! Le sentiment de jalousie est une souffrance secrète, le regard impuissant et caché qu'on porte sur l'autre quand on veut ce qu'il a et qu'on ne peut pas soi-même obtenir, sa femme, sa maison, sa voiture.

Un bien beau sujet, très stimulant pour l'esprit. Il faudra que je le réexploite. A Bernot, nous nous retrouverons le 16 juin (la veille du bac !), autour de la question : L'ambition est-elle nécessaire ? Un bien beau sujet aussi. Et n'hésitez pas à me demander : s'il y a encore de la place dans ma voiture, je vous y conduis. Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour la philosophie !

mercredi 12 mai 2010

Philo Auto.


De retour de Bernot, pas le temps ce soir de vous faire un billet. On verra demain. En attendant, petit souvenir de la soirée : l'annonce du Café Philo à l'arrière de la magnifique automobile de Raphaël !

mardi 11 mai 2010

La vie est compliquée.


Cette semaine scolaire est particulière. Jeudi est férié, c'est le jour de l'Ascension. Le rectorat a donc choisi de fermer vendredi les écoles, collèges et lycées. Ce n'est pas vraiment un "pont" puisque nous sommes obligés, élèves et enseignants, de rattraper cette journée. Pourquoi cette décision (par le passé, on ne changeait rien) ? Parce que l'absentéisme des élèves était fort. Quatre jours libres à la suite, ça vous fait un joli week-end et les parents sont contents !

Mais pas tous les parents. Pour ceux dont les enfants vont encore à l'école primaire ou au collège, ils les auront sur les bras tout le vendredi. Surtout, la journée de rattrapage ne pourra avoir lieu qu'un mercredi, puisqu'il ne reste plus que ce jour-là de disponible dans la semaine. Sauf qu'il n'y aura pas alors de transport scolaire, parce que les cars du Conseil Général ont d'autres obligations le mercredi. L'embarras de certains parents est donc redoublé.

Nous vivons dans une société terrible. Si le vendredi avait été travaillé, les parents se seraient plaints et il y aurait eu de l'absentéisme. Le vendredi est vaqué, les parents se plaignent et il y aura de l'absentéisme le mercredi de rattrapage. Qu'est-ce que la vie est compliquée !

lundi 10 mai 2010

Séance photos.




Un journaliste de L'Aisne Nouvelle, accompagné d'un photographe, a débarqué dans mon lycée au beau milieu de l'après-midi. L'édition de demain va publier un article sur Henri-Martin et ses politiques. Mon établissement a en effet cette particularité d'avoir produit, autant du côté de ses élèves que de ses enseignants, pas mal de responsables politiques locaux, jusqu'à des députés.

Actuellement, nous sommes au moins cinq à être engagés et à faire parler de nous : Vincent Savelli, Raphaël Blanchard, Arthur Nouaillat, Simon Dubois-Yassa et mézigue. Les trois premiers sont à droite, les deux autres à gauche. Les journalistes nous ont fait poser dans la cour d'honneur. Je ne sais pas trop ce que ça va donner.

Mais c'est marrant et intéressant : il est utile de montrer que l'école de la République est aussi l'école de la politique, et non pas cette sèche et indifférenciée neutralité dans laquelle on veut l'enfermer. L'important, c'est que la laïcité permette le pluralisme et favorise l'engagement citoyen. Là c'est flagrant, et vous pourrez je pense le lire demain.

dimanche 9 mai 2010

La semaine qui vient.


La semaine qui vient est un peu particulière. Jeudi prochain est férié et vendredi a été antérieurement rattrapé. Bref, pas beaucoup d'heures de cours pour les classes. Je comprends les nécessités mais je n'aime pas trop ça. La fin de l'année approche à grands pas, les élèves sont vite démobilisés pour un rien, les congés qui s'annoncent n'améliorent pas la situation.

Du côté de mes activités parascolaires, j'ai un Ciné Philo lundi mais je n'anime pas. Je retourne à Bernot mercredi pour un Café Philo sur le thème : sommes-nous tous jaloux ? Jeudi, malgré l'Ascension, se tiendra le Café Citoyen avec un débat sur les retraites. Enfin je terminerai en beauté la semaine avec un dimanche à Paris, la réédition de mon itinéraire Jean-Paul Sartre, pour douze étudiantes de l'IUTA de Laon.

samedi 8 mai 2010

Second bac blanc.




J'ai donné il y a quelques jours à mes Littéraires les résultats de leur second bac blanc, corrigé cette fois par mon collègue. La déception était évidemment perceptible. Quoi de plus normal ? On ne peut pas avoir au bac, même blanc, les mêmes résultats que dans l'année. Les élèves sont dans le cadre d'une épreuve, ils n'ont pas à leur disposition le temps et les moyens d'un devoir à la maison, ce n'est pas leur professeur habituel qui les corrige.

Et puis, le bac, blanc ou pas, est une épreuve par définition jamais gagnée d'avance (sinon à quoi bon l'organiser, autant se caler sur les résultats obtenus durant l'année). Ceci dit, les proportions demeurent à peu près identiques, les mauvais sont mauvais, les bons sont bons et les moyens restent moyens, à quelques exceptions près. Voici, pour vous faire une idée, l'échelle des notes (à gauche la note, à droite le nombre de copies) :

6 : 5
7 : 4
8 : 4
9 : 2
10 : 3
11 : 2
12 : 2
13 : 1
14 : 2
16 : 1

vendredi 7 mai 2010

Lancement de la Quinzaine.






Vignette 1 : au lancement de la Quinzaine de l'Ecole Publique, dans l'école de Vaux à Laon, tout commence par de très officiels discours. A mes côtés, madame l'Inspectrice d'Académie et à droite, Hervé le directeur de l'école et Michel Lefèvre, vice-président de la Ligue de l'enseignement. Au fond, très attentifs, les élèves de CM2 qui se préparent pour le goûter philo.

Vignette 2 : c'est l'originalité de ce lancement ; au lieu de la traditionnelle exposition de travaux d'élèves, j'ai donné pendant une dizaine de minutes une petite idée de ce qu'est un goûter philo (après ma rencontre avec les élèves la semaine dernière). Les adultes ont été enchantés et j'ai eu à la fin, ainsi accroupi, très mal aux genoux ! Les enfants n'ont pas été intimidés.

Vignette 3 : Juliette est l'enseignante à l'origine de tout, puisqu'elle m'a sollicité pour le goûter philo, qui m'a ensuite inspiré l'idée de ce lancement de la Quinzaine. A ma droite, un élève a en main la fameuse vignette dont l'achat permettra de financer des projets scolaires dans les pays déshérités. Derrière lui, Marie-Françoise Lefèvre, secrétaire générale de la Ligue.

jeudi 6 mai 2010

Tout est bien qui finit mal.




On dit souvent que le meilleur est pour la fin. Pas en matière d'enseignement. Les premières semaines de l'année scolaire sont les plus simples : la discipline est légère, enseignant et élèves se découvrent, les notes ne sont pas encore venues tout gâcher. Les dernières semaines sont les plus pénibles : les élèves en ont un peu marre (je les comprends), les beaux jours incitent à regarder par la fenêtre plus qu'à écouter le prof, l'approche du bac laisse à croire que tout est joué, qu'il n'y a plus grand-chose à faire. C'est évidemment faux mais c'est ainsi.

C'est pourquoi je suis particulièrement dur, intransigeant en cette période de fin d'année. Avec un objectif, sur lequel je tiens bon : que tous les élèves soient présents en cours jusqu'au dernier jour. Dans ce but, je m'adapte, car l'intransigeance a besoin aussi de souplesse si elle veut remplir ses objectifs. Il faut terminer le programme des notions, pas question d'en rabattre là-dessus. Mais les quinze derniers jours sont modulables. On peut parler si on veut de révisions, mais je n'aime pas trop ce terme : c'est tous les jours qu'il faut réviser.

Non, ce que je leur propose, ce sont des exercices : rédiger une introduction ou une conclusion, s'entraîner à problématiser un sujet de dissertation, construire le plan d'un développement, rechercher des exemples pertinents, savoir utiliser une référence philosophique, voilà, entre autres, ce qui me semble utile, formateur en vue de l'épreuve du bac. Et puis, les tout derniers jours, je tolère que les élèves fassent autre chose que de la philo (sauf jouer aux tarots !) : d'autres disciplines peuvent être privilégiées, je laisse à chacun l'autonomie, le choix de leurs révisions. Ce que je ne supporte pas, c'est de les voir absents ou traîner dans l'établissement à ne rien faire.

Parfait, me direz-vous ? Non, car les élèves sont des êtres humains, avec leurs faiblesses, leurs tentations, leurs défauts. Ils sont rarement méchants mais peuvent, comme les adultes, être facilement malhonnêtes, certains du moins. Sachant que le programme sera terminé quinze jours avant l'arrêt officiel des cours, le prétexte est alors bon pour ne plus venir. Voilà pourquoi ma bonne idée peut éventuellement se transformer en mauvaise conséquence. Comment y remédier ? Seuls la pression morale, le respect de l'engagement pris, la confiance à ne pas trahir peuvent conduire à mes fins. Mais ce n'est pas gagné. La malhonnêteté a pour elle la bonne conscience, la ruse justificatrice, l'insolence fière d'elle-même. On ne peut pas lutter contre la nature humaine.

mercredi 5 mai 2010

La mort et la vie.




La vie de classe croise parfois la mort. C'est le cas aujourd'hui pour une élève qui a perdu son père. L'enterrement a lieu vendredi. Ses camarades font circuler une carte de condoléances, qu'ils m'ont aussi adressée. Que dire, qu'écrire dans une telle situation ? Les banalités, les formules de circonstances me gênent. Alors quoi ? J'ai écrit de mémoire ceci : la mort fait aussi partie de la vie. Mais c'est la vie qui est finalement la plus forte. Tout passe, il faut faire face à l'instant avec courage. C'est ce que j'ai à peu près rédigé sur la carte. Je ne suis pas entièrement satisfait. Je me demande parfois si le silence ne vaudrait pas mieux. Je ne veux pas non plus donner l'impression d'être sentencieux. Malgré tout, je crois qu'il faut parler, s'exprimer. J'ai fait ce que j'ai pu.

mardi 4 mai 2010

Mammuth.


200 ! Chiffre rond, magique ! C'est celui atteint hier par ce qui n'était pas un Ciné Philo ordinaire mais qui y ressemblait beaucoup, si ce n'était notre invité, exceptionnel : Benoît Delépine, venu débattre de son film Mammuth, après projection. Qu'est-ce qui fait aujourd'hui sortir les gens de devant leur télévision ? La télévision ! Eh oui, c'est une star du petit écran qui fait venir le public au cinéma. Le succès local passe par la notoriété nationale. Hier soir, j'ai vu des visages que je ne voyais jamais avant dans ce genre d'activités.

Delépine est sympa, ouvert, modeste. Il nous parle de Depardieu et on a l'impression qu'il nous parle aussi de lui. Chacun dans son registre et à son niveau, ce sont des vedettes reconnus qui n'ont donc plus besoin de reconnaissance, des hommes libres qui ne demandent qu'à être jugés sur ce qu'ils font et qui se moquent de ce qu'ils sont. C'est pourquoi la relation passe bien, est facile, beaucoup plus qu'avec beaucoup d'inconnus ordinaires mus par la vanité, sollicitant le regard d'autrui et devenant bien souvent insupportables de suffisance. Les ego les plus terribles sont ceux des petits, pas des grands qui n'ont plus rien à prouver.

L'animation s'est correctement déroulée. Mais est-elle nécessaire quand on a un tel invité ? Oui quand même un peu. C'est délicat. Mon objectif est de faire parler la salle, d'organiser un échange avec Delépine. Or la parole n'est pas facile devant un auditoire si nombreux. Et puis, la plupart des gens sont là pour écouter l'invité, pas vraiment pour s'exprimer (sauf à la fin, quand une petite foule se presse autour de lui pour l'entretenir plus intimement). Bref j'ai trouvé que les réactions du public étaient moins nombreuses que je ne l'aurais souhaité. Je me demande s'il n'aurait pas mieux valu une animation sous forme d'interview, la salle nous interpellant éventuellement. Mais l'idée ne pouvait pas être improvisée.

Delépine est intéressé par le Café Philo et il se pourrait bien qu'un Ciné Philo soit organisé dans le cadre du festival Groland, si celui-ci est hébergé à Saint-Quentin. Quelques mots sur le film pour finir : ce n'est pas une comédie, ce n'est pas un film politique ou social, c'est une tragédie, celle d'un homme qui se démène avec la vie, au gré de rencontres dont la plupart sont cruelles, et qui trouve un peu d'humanité dans l'amour et la liberté. A un moment du débat, Delépine a rapproché le parcours de son personnage de L'Odyssée d'Homère ; c'est tout à fait ça.


Vignette : à mes côtés, de gauche à droite, Raymond Défossé, co-fondateur du festival grolandais, Michelle Zann, directrice du multiplexe et Benoît Delépine.

lundi 3 mai 2010

Delépine ce soir.




Les activités s'accumulent, le temps me manque pour vous parler de toutes. Je veux quand même évoquer le Ciné-Débat de jeudi dernier, autour du film de Coline Serreau, Solutions locales pour un désordre global, en présence de personnalités, élus et associatifs, du monde écologiste. Joli succès de fréquentation, puisque nous avons fait 107 entrées (au-dessus de 100, c'est gagné). Le débat a été intéressant, les invités ont joué le jeu des questions-réponses.

En revanche, mon animation a été littéralement cassée, et je suis furax. A cause de quoi ? Les micros qui marchent pas ! C'est une détestable et incompréhensible exception française : la sono défaillante, on ne sait trop pourquoi. Sur trois micros, deux étaient HS, et dès le début. Au premier intervenant, un désagréable couinement a perturbé ses propos, puis a cessé avant de recommencer, et ainsi de suite toute la soirée, qui s'est donc poursuivie avec un seul micro, celui des invités.

Du coup, le rythme du débat a été interrompu, la salle n'a pas osé prendre la parole, ce sont surtout les invités qui ont occupé la place, contrairement à ce que je souhaitais. D'expérience, quand il y a une centaine de personnes et de nombreux invités, je sais que la gestion des échanges va être délicate. Si la technique ne suit pas, c'est fichu. Le ton, le style, l'ambiance d'un débat, c'est à l'animateur, en l'occurrence bibi, de l'imposer. Et ça se joue dans les dix premières minutes. Après c'est raté, trop tard, l'habitude s'installe, le pli est pris, le mimétisme humain est plus fort que tout, l'animateur ne peut plus rectifier le cours des choses.

C'est d'autant plus navrant que j'aurais voulu arracher le contenu des échanges au conformisme ambiant. C'est le but de chacun de mes débats : bousculer les préjugés, rompre avec le confort intellectuel, provoquer l'esprit critique. L'être humain est perroquet et mouton par nature : il répète et suit. Le film de Serreau est à la mode, fait consensus, alors que ses thèses radicales sont fort contestables. Mais faute de micro, je n'ai pas pu introduire la contestation. Dommage.

Ce soir, à l'occasion de la projection de Mammuth, nous avons un invité exceptionnel, Benoît Delépine, et c'est encore bibi qui anime. J'espère que les micros fonctionneront.

dimanche 2 mai 2010

Dimanche dernier.




Gunter Gorhan a suivi et noté attentivement les échanges lors du café philo que j'ai animé aux Phares, à Paris, dimanche dernier. Son regard m'est précieux, sa distance est utile (quand on est au coeur de l'animation, on entend mais on ne voit pas), d'autant que sa façon de faire n'est pas tout à fait la mienne (et c'est très bien comme ça). Je vous livre donc le compte-rendu qu'il a bien voulu me faire parvenir, que j'ai seulement amputé de la liste des sujets proposés, déjà présentée dans le précédent billet. J'ai également redécoupé les paragraphes, pour une meilleure lisibilité. Vous pouvez aussi consulter ce texte sur le site du café philo des Phares. L'intérêt, me semble-t-il, est de comparer ce que ma mémoire a retenu du débat et ce que Gunter a retranscrit. Merci à lui.


« Un point, c’est tout »

(Echos ou bribes, forcément subjectifs, de l’échange philosophique au café des Phares le 25 avril 2010)

C’est avec un très grand plaisir que nous avons accueilli, pour la troisième fois, Emmanuel Mousset, l’animateur de cafés philo (aussi dans une prison) dans l’Aisne et qui vient régulièrement nous rendre visite aux Phares accompagné de sa classe de philo ou de ses étudiants de l’université du temps libre de Laon. Il a récemment animé une « boulangerie philo » (dans une petite ville de son département) où les clients se sont laissés entraîner dans un échange de réflexions tout sauf prévu…Son projet : animer dans un hall de gare, propice selon E. Mousset, aux embarquements de toutes sortes, y compris symboliques, métaphysiques, conceptuels. Ceux qui en veulent savoir davantage, E. Mousset a un blog : il suffit de taper « prof story » sur google, par exemple.

Après les annonces habituelles des événements philosophiques à venir, les participants ont proposés les sujets. Notre animateur du jour avoue son embarras : « Tous les sujets mériteraient d’être traités, je choisis le plus difficile, celui à propos duquel j’ai le moins à dire ; ainsi je devrai compter sur vous, je ne serai largement qu’un facilitateur de paroles ».
Il choisit donc le sujet proposé par Nadia, la « mère du sujet » : « Un point c’est tout. »

Nadia, sollicitée par Emmanuel, en dit un peu plus : »Mon sujet recouvre en fait deux thématiques, à savoir celle de l’autorité, ou plutôt de l’autoritarisme : « C’est moi qui décide et on n’en parle plus. » L’autre thématique, incluse dans l’intitulé du sujet, a un rapport avec la totalité : « Le tout (n’) est (qu’) un point » (au sens de détail).
Nadia nous donne également l’étymologie : le point vient du latin « pungere » (piquer, faire souffrir, tourmenter) ayant la même racine indoeuropéenne, signifiant « frapper », que le latin « pugnus » (poing).

L’écoute (« lacanienne ») « Le poing, c’est tout » - tout est question de rapport de force – a été proposée, ainsi que « Le point sait tout », suivie d’un développement astucieux sur le point symbolisant l’intersection, le croisement, le carrefour - des trajets de vie, par exemple…
Les différentes locutions et expressions comme « mettre les points sur les i », « faire le point », « mettre au point », « point de droit » et « point de fait », « points de suspension », etc., ont été examinés, les échanges étaient tellement riches et variés qu’il serait fastidieux et ennuyeux de les rapporter tous…Il y avait beaucoup de demandes de parole – ce qui est toujours bon signe : la parole n’est pas monopolisée par quelques-uns - et un animateur qui savait se limiter à reformuler et à proposer une nouvelle piste lorsque l’échange menaçait de tourner en rond.

Certains, me semble-t-il, étaient décontenancés par la profusion des idées et la créativité spontanée que l’animateur se gardait bien d’enfermer dans une méthode a priori, dans une technique « moule à gaufres » (l’expression suggestive est d’Olivier Abel, élève et commentateur de Paul Ricœur). Le pointillisme (Seurat et Signac en peinture), pour être « compris » exige une certaine distance, celle qui permet de repérer les formes sous-jacentes à une nuée de points disséminés dans un désordre apparent ; n’est-ce pas l’une des définitions de la philosophie possible : Prendre de la hauteur sans perdre pied ?

Je retiens de l’échange pointu (sous apparence pointilliste) du dimanche dernier quelques questions :
Est-ce le point (au sens de détail) ou le tout qui compte ? Autrement dit : Dieu (ou le diable) gît-il dans le détail ou dans le tout (la totalité) ? Deux réponses données en histoire de la philosophie : « Le vrai est le tout » (Hegel) et « Le tout est le non-vrai » (Adorno).
Pour passer à l’acte, n’est-il pas nécessaire, à un moment donné, de se « jeter à l’eau », d’arrêter dialogues (avec autrui ou avec soi-même) et réflexions ; le Concept n’est-il pas toujours en retard sur la Vie, ou exprimé avec K. Marx : « La conscience, n’est-elle pas forcément en retard sur la conscience ? »

N’y a-t-il pas aussi un point d’arrêt nécessaire dans la régression de la recherche des causes (pas de « regressio ad infinitum » !), d’où le fameux « il faut s’arrêter » (« ananké stenai » en grec, si je me souviens bien) d’Aristote. Finalement, le point ou plus largement la ponctuation ne sont-ils pas nécessaires pour rythmer (« grammatiser » en langage derridien) le flux ininterrompu de la Vie ?

Merci, en tout cas à Emmanuel Mousset, pour son animation bienveillante, intelligente et laissant la première place aux participants « philosophants ».