dimanche 31 janvier 2010

Une cérémonie laïque.




Désolé pour le lapin que je vous ai posé hier, et qui est bien involontaire. C'est déjà un prodige que de pouvoir remplir fidèlement deux blogs au milieu de beaucoup d'autres activités, alors vous me pardonnerez, j'en suis sûr.

Vendredi soir était un grand moment pour la Ligue de l'enseignement que j'ai l'honneur de présider depuis cinq ans : la traditionnelle remise de lots à l'occasion de notre souscription volontaire annuelle. Les enfants adorent vendre des billets aux grands, qui de leur côté rêvent de gagner, surtout le gros lot, une twingo, mais aussi des ordinateurs, des télévisions, etc.

L'argent récolté va dans les coopératives scolaires, les oeuvres de l'USEP (associations sportives des écoles primaires) et nos activités culturelles et pédagogiques. Et des sous, il en faut pour que tout ça fonctionne !

La cérémonie se veut protocolaire (nous sommes sous contrôle d'huissier) et conviviale. Les gamins impatients et énervés courent dans nos pattes. Après les discours officiels, c'est la distribution tant attendue et le final avec la remise des clés et papiers de l'automobile. On joint l'utile à l'agréable. Le tout dure une heure et se termine par un vin d'honneur. Depuis cinq ans j'officie en maître des cérémonies et ne m'en lasse pas.

Vignette 1 : cette année, nous étions à Vervins. En l'absence du député-maire, c'est son premier adjoint, près de moi au micro, qui nous a accueillis, tout près de la superbe exposition des lots.

Vignette 2 : une partie de l'assistance.

vendredi 29 janvier 2010

La copie dans la poubelle.


Ce matin, dans mon casier, je réceptionne une copie d'élève. Bizarre, la remise de la prochaine, c'est lundi, pas aujourd'hui. A moins qu'il ne s'agisse d'un élève absent dans trois jours, connaissant ma susceptibilité quant au respect de la date dans le retour du travail, qui a donc choisi d'anticiper, comme je l'ai demandé en début d'année scolaire.

Mais il y a plus bizarre encore : la copie est déjà ... corrigée et évaluée. Note pas fameuse d'ailleurs puisqu'il s'agit d'un 8, qui provient du dernier devoir, celui que j'ai rendu à cette classe pas plus tard que mercredi. Mais pourquoi celui-ci se trouve-t-il dans mon casier ? Mystère, mystère ...

En y regardant d'un peu plus près dans nos casiers qui sont assez profonds, je découvre un minuscule post-it gribouillé, qui était visiblement joint à la copie et qui a glissé. Je sens la fin du mystère, la solution de l'énigme, l'explication de la copie égarée. C'est la conseillère principale d'éducation qui m'écrit en substance ceci :

J'ai trouvé cette copie de l'élève [nom, prénom] dans la poubelle du foyer des lycéens, ce n'est pas la première fois, je te la rends, tu le lui remettras ...

Ça tombait bien, ce matin j'avais la classe et par conséquent l'élève en question. Je prépare mon coup, je compte à la fois sur l'humour de la situation, la désinvolture de son geste et le sérieux de ma réponse. Voilà à peu près ce que donne notre échange :

Moi : quelqu'un m'a ramené quelque chose que tu as perdu.
Lui : ah bon, quoi ? (visage interloqué)
Moi : ta dernière dissertation égarée dans une poubelle.
Lui, pas décontenancé : je ne l'ai pas égarée, je l'ai jetée.
Moi, du tac au tac : ah bon, et ça t'arrive souvent de ranger tes disserts dans la poubelle ?
Lui, l'air un peu étonné : pas vraiment, ça dépend.

Bon, j'arrête là, ce n'est pas un mauvais gars, ses notes étaient correctes au premier trimestre, mais un peu chancelantes au deuxième, qui n'est pas terminé. C'est ce que certains collègues appellent "un jeune d'aujourd'hui". Il ne pense pas à mal, ne croit pas faire un geste répréhensible en mettant sa copie dans la poubelle. Dans sa tête, je l'imagine fort bien, une fois la copie remise et consultée, pas besoin de la garder, ça ne sert plus à rien, le travail est fait. Et quand la copie en question a eu 8, ce n'est pas le genre de trophée qu'on conserve, qu'on expose, qu'on montre à sa famille et à ses amis.

Pour clore notre dialogue, je prends à partie la classe, je compte bien la mettre de mon côté pour écraser de sa culpabilité le contrevenant (vieille technique un peu vicieuse de prof) : et vous, les autres, vos copies, vous les mettez à la poubelle ? Je peux compter sur l'absence de solidarité des élèves : ils répondent presque en choeur que non, quelques-uns y allant de leur explication, un tel glissant sa copie soigneusement dans son classeur, sous un précieux plastique, un autre la rangeant tranquillement dans un tiroir où il pourra régulièrement la consulter. Je soupçonne même les intervenants d'en faire un peu trop dans l'attention qu'ils portent à leur travail ... Mais comme je suis en pleine tactique, peu m'importe.

A tous les élèves, je dis maintenant ce qui selon moi va de soi, mais qui va encore mieux en l'écrivant : il faut garder toutes ses dissertations, les relire régulièrement, se souvenir de ce qui ne va pas pour ne pas le reproduire. Et puis, qui sait, dans trente ans, quand ils découvriront au fond d'un carton, dans un grenier, le précieux butin, ils se souviendront de ce temps-là et aussi peut-être de moi. Mais pour cela, une copie ne doit pas avoir pour destin le fond d'une poubelle.

En vignette : c'est demain la journée portes ouvertes dans mon lycée.

jeudi 28 janvier 2010

mercredi 27 janvier 2010

TES.

Les résultats du dernier devoir à la maison des TES montrent un rétrécissement dans l'écart entre ceux qui ont la moyenne et ceux qui ne l'ont pas. Sinon, pas de notes catastrophiques mais au pire des mauvaises notes, un gros embouteillage autour de 10 et un joli 18 (attribué à la même élève que le précédent).

A gauche la note, à droite le nombre de copies :

6 : 1
7 : 3
8 : 4
9 : 7
10 : 3
11 : 4
12 : 4
14 : 2
15 : 2
16 : 3
18 : 1

Prochain devoir à me rendre : lundi.

mardi 26 janvier 2010

Un moment de lumière.


Ce matin, j'avais pas mal de choses à faire. Trop sûrement. Copies à corriger (ça avance quand même), cours à préparer, courriers à envoyer, photocopies à faire, réunions à organiser, blogs à rédiger, coups de fil à passer, courriels à rédiger, notes de lecture à recopier, mille activités, grosses ou petites, qui m'ont cerné, pressé, dépassé et finalement irrité, énervé, fatigué. Il y a des moments, tout de même assez rares, où j'en ai marre. Il y a pire que les tâches qu'on est en train d'effectuer : celles qui approchent, qui ne sauraient tarder, qu'on n'a pas encore commencées. Et puis il y a le travail qui n'en finit pas, dont le bout n'arrive pas.

Ce matin, c'était ça. Quand brusquement un rayon de soleil est venu tout éclairer, de façon inattendue. De passage dans mon lycée (le mardi je ne travaille pas, si j'ose dire !), en ouvrant mon casier, la lumière m'est apparue. Deux enveloppes m'attendaient, épaisses, le genre de paquets qui contiennent des choses importantes. Et c'était le cas : deux ouvrages offerts par des éditeurs, comme nous en recevons de temps en temps, pas trop souvent (voir en vignette).

J'ai sauté de joie. C'est bête, la Lettre à Ménécée, je connais par coeur, Le Malaise dans la Culture moins bien. Pas de quoi tout de même s'extasier. Mais voilà : j'ai la religion du livre, et quand deux me tombent quasiment du ciel, je jubile, je suis heureux pour la journée, quel qu'ait été mon état d'esprit antérieur.

D'abord je les prends, je les feuillette, je les caresse. Ils sont beaux, glacés, propres, neufs. Puis je les sens, ou plutôt je les renifle. Les livres ont une odeur, une séduction, une sensualité. Je craque. Je passe mon nez sur la couverture (comme fait mon chat) puis entre les pages. C'est bon. J'écoute le bruit des feuilles que je fais jouer en accordéon. Tous mes sens sont en éveil. Non, pas tous : si je goûte mes deux livres, c'est une image, je ne vais pas jusqu'à les lécher ou les manger !

Je rentre chez moi guilleret, avec le précieux butin. Deux bouquins de plus dans ma bibliothèque, ma journée est justifiée, gagnée, quelle qu'en soit la suite. Mais je ne les range pas immédiatement sur les étagères. Je les mets dans un coin du salon, cependant visibles. Et je leur jette des coups d'oeil, je les convoite, je les garde à l'esprit, je prolonge la joie qu'a déclenché leur découverte. Quand je m'endormirais ce soir, je les aurais en tête, ils adouciront ma nuit comme ils ont enchanté ma journée.


lundi 25 janvier 2010

Le pin's HM.


Il devait être 14h30 cet après-midi. Nous étions, avec les Littéraires, en plein De rerum natura de Lucrèce, au chapitre trois, à nous demander ce qui pouvait bien distinguer l'âme et l'esprit. C'est quand même une belle chose que la philosophie, s'interroger avec des élèves de 17 ans, un lundi après-midi très gris, sur la différence entre l'âme et l'esprit chez Lucrèce ! Quand nous avons été interrompus par des coups frappés à la porte. C'est rare, surtout à cette heure-là. Les retardataires, c'est beaucoup plus tôt.

La porte s'est immédiatement ouverte, laissant voir ... Monsieur le Proviseur, escorté par Monsieur le Conseiller Principal d'Education. C'est rare aussi, une aussi éminente visite. Les élèves se sont levés, comme c'est d'usage quand la hiérarchie entre dans une classe. Quel était l'objet de l'auguste visite ? Un tout petit objet que vous voyez dans la vignette, un pin's, qui reproduit un bouton d'uniforme, de l'époque où les élèves endossaient dans le lycée ce type de vêtement. Le nom de l'établissement est entouré de deux branches de lauriers, et la ville figure en bas.

Le Proviseur a fait un court speech sur le sentiment d'appartenance, distribuant à chaque élève le précieux insigne. Après son départ, les élèves, trop heureux d'avoir délaissé l'âme, l'esprit et Lucrèce, se sont mis à accrocher le pin's où ils pouvaient, le col, l'écharpe, la trousse. La palme de l'originalité : une élève l'a utilisé en boucle d'oreille, sauf qu'il lui manquait un deuxième ! Très vite, j'ai sifflé la fin de l'involontaire récré qu'a entraînée la venue du Proviseur : l'âme, l'esprit et Lucrèce nous attendaient.

dimanche 24 janvier 2010

Une métaphore sportive.

Une classe, c'est comme un peloton . Une attribution de notes, c'est une course cycliste. Il y a la tête, l'échappée, les flèches. Puis vient le gros des troupes, dont les membres ont du mal à se distinguer, à se départager. Ils se suivent et se ressemblent, la roue collée à la roue, essayant de se coiffer au poteau. Enfin c'est la queue de groupe, les traînards, les isolés, qui n'ont pas su rattraper leur retard parce qu'ils ne pédalent pas assez vite.

Il y en a même quelques-uns en roue libre, pénards, sûrs de leur coup, quelques autres qui se sont dopés en pompant ici ou là. Mais les cas sont plutôt rares, vite décelés et vite sanctionnés. Bref il y a les gagnants et les perdants, et tous ceux qui ont ni gagné ni perdu. Ce système ne m'amuse pas plus que ça. Mais c'est LE système, et je suis chargé de le faire fonctionner. C'est pourquoi on m'appelle fonctionnaire.

Tout ça pour vous dire que j'ai terminé de corriger le paquet des TSV. Il y a une grosse concentration de copies entre 9 et 11 (15 exactement). La tête du peloton est allégrement menée par 5 élèves qui ont 15 et plus. La queue se limite à trois malheureux qui descendent vertigineusement à 2 et 3. J'ai compris : ceux-là, arrivés en janvier, ont lâché prise, n'attendent plus rien de la philo. Sauf que moi j'attends encore beaucoup d'eux : je vais donc m'efforcer à ce qu'ils rentrent très vite dans le rang.

Voici le résultat des courses (à droite le nombre de copies, à gauche la note) :

2 : 1
3 : 2
7 : 2
8 : 2
9 : 5
10 : 5
11 : 5
12 : 1
13 : 1
14 : 1
15 : 1
16 : 3
17 : 1

samedi 23 janvier 2010

D'accord, pas d'accord.

J'ai 17 ans d'enseignement et 12 ans de débats publics derrière moi. L'expérience m'a appris certains choses en matière d'intervention humaine. Quand une prise de parole commence par un "Je suis d'accord avec ...", c'est généralement une grosse connerie qui s'annonce. En effet, pourquoi s'exprimer si c'est pour dire à peu près la même chose qu'un intervenant précédent ? A moins qu'on ne veuille dire autre chose, mais qu'on s'abrite par prudence, par facilité, derrière ce qui a pu se dire auparavant ? On se sent alors moins seul, on dissuade une éventuelle contestation, on fabrique une fausse complicité, on compromet l'autre pour se protéger soi.

Je ne vois qu'une exception qui rend le "Je suis d'accord avec" un peu pertinent, mais néanmoins peu glorieux : c'est dans la confrontation politique, où il exprime un signe de complicité, d'allégeance à l'égard de celui qu'on affectionne tout particulièrement. Ce qui revient à lui dire et à nous faire comprendre : "je te soutiens, je suis avec toi". Et là, on se retrouve dans une logique de répétition, qui conforte le propos de celui qui a parlé avant, qui le légitime, même si ce propos est idiot, surtout s'il est idiot, qui n'a donc plus que la redondance pour se faire accepter.

Le "je ne suis pas d'accord" n'est guère plus intelligent, mais il a pour lui le sens critique, le côté faussement rebelle. Il est tout de même plus honorable de s'opposer que de s'aligner. Sauf que l'opposition peut être sur commande, c'est-à-dire dans le même esprit de servilité que l'alignement. Et puis, la formule a quelque chose de systématique, le petit jeu un peu bébête de celui qui ne peut exister qu'en étant contre. J'ai pu notamment le remarquer dans les goûters philo que j'organise à l'école primaire.

Conclusion : à mes élèves, à mes invités, à mes auditeurs, je déconseille vivement l'utilisation du "Je suis d'accord" ou "Je ne suis pas d'accord". Je les incite à réfléchir par eux-mêmes, à construire leur propre réflexion, à produire des idées personnelles, sans jamais se déterminer par rapport à l'autre, en pour ou en contre. Car c'est toujours la preuve d'une faiblesse, d'une facilité ou d'une ruse. Je les dissuade de "rebondir", comme le dit si bien et si idiotement ce verbe. Le cerveau n'est pas un ballon, même si le crâne qui le contient en a vaguement la forme.

vendredi 22 janvier 2010

Raphaël et Simon.


En ouvrant L'Aisne Nouvelle parue hier, je tombe des nues : Raphaël, mon élève de l'an dernier, organisateur du Café Philo de Bernot que j'anime, est responsable départemental de l'UMP. Je suis surpris parce que je ne le savais pas et ne m'y attendais pas. Mais je m'en réjouis (même si l'UMP c'est pas trop mon truc !) : on dit souvent que la jeunesse est désengagée, dépolitisée. La preuve que non ! C'est ça qui est réjouissant. Être citoyen, c'est aussi faire de la politique. Très bien Raphaël !

Dans le même article (reproduit dans la vignette), Simon est également interpellé. Ce n'est pas mon élève, mais il est très connu dans l'établissement. Syndicaliste et de gauche cette fois-ci : Simon est secrétaire général du SGL, Syndicat Général des Lycéens. J'ai publié ses réactions dans les commentaires de tout récents billets. Je n'étais pas vraiment d'accord avec ses analyses, mais je trouve formidable qu'un lycéen s'engage à ce point. Très bien Simon !

Tout ça me ramène inévitablement à ma propre jeunesse lycéenne. J'étais moins engagé mais tout autant politisé, et dès le collège, la Troisième. Au lycée, en Terminale, j'avais incité mes camarades à faire grève, j'ai complètement oublié pour quelles raisons (le mouvement était régional). Lutter, protester, bouger, oui j'aimais ça. Je vois que Raphaël et Simon aussi. Tant mieux, très bien.

jeudi 21 janvier 2010

Et alors ?




C'est toujours comme ça, on n'est jamais sûr de rien mais on croit savoir ... Pour le sujet de ce soir au Café Philo, je m'attendais à recevoir du monde. L'érotisme, et alors ? voilà un thème alléchant. Ne dit-on pas que le sexe fait vendre ? Mais fait-il réfléchir ? Bon, pas de défaitisme, le Manoir était bien rempli, mais moins que je n'attendais.

Déjà, il y a deux ans, une question sur la sexualité n'avait pas spécialement mobilisé. Finalement, c'est le genre de sujet dont on parle quand on ne s'y attend pas vraiment . Car Dieu et le sexe sont tout de même les invités réguliers de notre Café Philo, ils s'immiscent volontiers dans la conversation, surtout quand on ne les a pas sollicités. Même les élèves n'ont pas répondu autant présents que d'habitude. Si la jeunesse à son tour déserte le front de l'érotisme, où allons-nous !

Vignette 1 : le traditionnel questionnaire, qui vous permet de réfléchir à la question sans venir au Café Philo. Mais être là, c'est quand même mieux !

Vignette 2 : Jasmina, Laura, Charlotte, Justine, Léa, les internes du lycée que j'ai accompagnées. Les garçons se désintéresseraient-ils de l'érotisme ? Décidément, tous les clichés ce soir ont été renversés.

La prochaine fois, le 18 février, nous profiterons de l'absence des élèves en cette période de vacances pour nous poser la question : A-t-on encore besoin de l'école ?

mercredi 20 janvier 2010

Très chouette.




Premier Café Philo de l'année à Bernot, et sous la neige. Deux élèves ont voulu m'accompagner, Arthur et Maxime. Le sujet n'était pas éminemment philosophique : La pollution est-elle à craindre ? Mais j'ai réussi à en tirer quelque chose de philosophique. L'ambiance était bonne, et même parfois un tantinet délirante. Mais c'est comme ça, le Café Philo à Bernot. A la fin, je me suis rendu compte, dans l'hilarité générale, que j'avais mis mon pull à l'envers. Et puis, on m'a fait remarqué que j'avais un peu trop insisté sur les crottes de chien (eh oui, c'est aussi une pollution). Monsieur le Maire a offert le champagne pour terminer, nouvelle année oblige.

Vignette 1 : mais qui se cachent sous les masques ? A vous de deviner.

Vignette 2 : c'est la mascotte du Café Philo, et le logo de Rencontre Citoy'Aisne, la chouette de la sagesse ! A côté de la boîte à sujets, qui permet de fixer les futurs thèmes.

Prochain Café Philo à Bernot, le 17 février. Le sujet : La médisance. Ça promet !

Café Philo demain à Saint-Quentin : L'érotisme, et alors ? Ça promet aussi !

mardi 19 janvier 2010

Les vieilles lunes.


"Vieilles lunes", c'est une belle expression, même si elle est moqueuse. J'aime la Lune et j'apprécie la vieillesse. Je ne sais pas d'ailleurs d'où elle vient. Toujours est-il qu'hier soir, au Ciné Philo, comme l'a fait remarquer gentiment un participant, nous avons évoqué de "vieilles lunes", mais tellement nécessaires au débat : la critique du capitalisme, la solution communiste, l'alternative autogestionnaire, le syndicalisme, la lutte des classes, le prolétariat, etc.

C'est à l'occasion de la projection de "Capitalism : a love story", le dernier Michael Moore, que nous avons rencontré ces "vieilles lunes", qui sont autant de jeunes planètes ! Nous étions en compagnie de Gérard Martin, de l'Union Syndicale Solidaires (voir vignette). Dans la salle, 40 spectateurs, dont 11 élèves d'Henri-Martin. En dehors de cette séance de Ciné Philo, le film a réuni dans la semaine ... 11 personnes. Un résultat qui laisse dubitatif et méditatif ! Aurions-nous véritablement affaire à de "vieilles lunes" ? Je ne crois pourtant pas.

lundi 18 janvier 2010

Jour de grève.


Faut-il annoncer aux élèves qu'on va faire grève ? Si je n'en parle pas, le jour venu ils peuvent être embarrassés dans leur emploi du temps, venir au lycée pour rien, déplacer inutilement leurs parents. Mais si je leur dis, ils en profitent, harcèlent les autres profs pour savoir si eux aussi font grève, les mettent dans l'embarras, jouent de l'ambiguïté de la situation pour sécher une journée.

J'ai quand même choisi de leur dire que le 21 janvier, je ne serai pas là. Certaines élèves étaient au bord de la syncope, accablées par la triste nouvelle, d'autres ont failli exploser de joie. Un jour de grève, c'est toujours terrible pour les lycéens !

Moi j'ai fait et distribué comme à chaque fois mon petit tract (en vignette) dans les 150 casiers de mes collègues.

dimanche 17 janvier 2010

Encore du débat !


A Paris toute la journée d'hier, je me suis contenté de vous livrer une courte invitation sur laquelle je reviens aujourd'hui. Dans ma ville de Saint-Quentin, l'euthanasie n'a jamais été l'objet d'un débat public. Il y a eu plusieurs rencontres sur la fin de vie et les soins palliatifs, notamment à l'initiative de l'association JALMAV, mais pas sur une loi instaurant le droit de mourir. C'est pourquoi il m'a semblé important de combler cette lacune, en faisant venir Monsieur Jean-Luc Romero, président de l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité. C'est un débat, chacun pourra exprimer son point de vue.

L'euthanasie est ce qu'il convient d'appeler un problème de société, comme ont pu l'être en leur temps la contraception, l'avortement, la peine de mort ou le Pacs, comme l'est encore le mariage homosexuel. Ces questions sont complexes, délicates, souvent douloureuses. Le pire est toujours de ne pas en parler. Et la République est là pour légiférer. Un droit de mourir est-il concevable ? Sous quelles conditions ? Avec quelles précautions ? La réflexion est très large, philosophique, religieuse, morale, juridique, politique, médicale.

Pour lundi prochain, je vous propose un autre débat, ancien celui-là, et dans le cadre habituel du Ciné Philo (voir vignette). Nous projetterons le dernier film de Michaël Moore, qui revient sur la critique du capitalisme, après le krach financier mondial. Nous aurons comme invité Monsieur Gérard Martin, responsable axonais de l'Union Syndicale Solidaires, plus connue sous le nom de SUD. Nous nous interrogerons sur le système économique libéral et son avenir.

samedi 16 janvier 2010

vendredi 15 janvier 2010

Parents-profs.

Eric m'avait prévenu : à 21h00, on ferme ! Le concierge d'Henri-Martin s'est souvenu de mon pari stupide : vouloir être le dernier à quitter chaque année la réunion parents-profs, et le plus tard possible. Mon objectif est toujours de battre le record précédent. Sauf qu'Eric attend derrière la porte que je sois parti pour fermer. C'est énervant et je le comprends.

L'an passé, j'avais traversé fièrement le lycée désert vers 22h00. Je n'ai pas recommencé, je suis parti vers 20h20, laissant derrière moi deux collègues en discussion avec des parents. Tant pis pour le défi ! Je retire quoi de cette rencontre ? D'abord mon émerveillement de voir tant d'élèves s'entendre fort bien avec leurs parents. les uns et les autres parlent librement de mes cours, des sujets de dissertation que je donne. Le conflit des générations semble largement dépassé.

Mais je suis navré de constater une fois de plus que les parents dont les enfants sont les plus en difficulté ne viennent pas. Et je m'étonne de recevoir des familles dont les rejetons ont d'excellentes notes. Quoi leur dire, puisque tout va bien ? Peut-être sont-elles là pour ça, s'entendre dire que tout va bien.

Eric, ne t'inquiète plus, j'ai tenu mon engagement, et l'an prochain aussi : je ne bavarderai plus inutilement avec les parents, même si j'aime beaucoup ça.

jeudi 14 janvier 2010

La vérité d'une classe.


Quand je suis entré ce matin dans la salle de classe, le rangement des tables n'était pas en lignes parallèles mais en double carré. Un prof de langues avait dû passer avant moi. Cette disposition permet plus facilement la participation des élèves. Elle n'a cependant pas que des avantages. Le point focal, celui vers lequel convergent tous les regards, n'est plus le bureau, le tableau et le professeur, mais le milieu vide de la pièce. Du coup, les regards ne sont plus concentrés en un point ô combien éminent mais ils se croisent entre élèves, favorisant ainsi toutes les distractions, toutes les complicités.

En rang d'oignons, on est condamné à voir le dos de ses camarades, et au-dessus, au loin, le corps et la tête du prof, et si l'on veut bavarder, on est dans l'obligation de se tourner ou de se retourner , ce que l'enseignant repère assez vite. En carré, un bavardage certes muet mais néanmoins perturbant peut s'organiser, par de prompts coups d'oeil que nulle discrétion ne peut camoufler. Car le professeur, moi en l'occurrence, a l'oeil tout aussi vif et saisit bien vite les courants de sympathie qui se mettent en place.

Pourtant, la disposition classique a un avantage pour l'élève : il peut plus facilement se cacher derrière ses camarades de devant. Le professeur ne voit surtout que les premiers visages. Le reste lui échappe, surtout s'il reste assis à son bureau, le rang sous ses yeux masquant largement les autres. Et quand il n'y a pas la traditionnelle petite estrade pour rehausser et créer un aplomb qui permet de mieux dominer, c'est fichu, la classe n'est plus sous contrôle.

Dans une telle configuration, l'élève le plus astucieux ne choisit surtout pas le dernier rang, par essence suspect à l'enseignant, devinant que les derniers au fond de la classe seront les derniers de la classe, contrairement au précepte évangélique. Non, l'élève intelligent et précautionneux s'installe au milieu. Le poisson rouge se remarque moins au centre de l'aquarium, parmi les autres, qu'au bord ou au fond.

Bref, il faut enseigner debout, comme un soldat qui s'apprête à monter au front. Ainsi, la classe apparaît sous un beau panorama, qui laisse peu de chance à l'indiscipliné d'échapper à votre vigilance. Ce matin, c'était terrible puisque le carré m'offrait à voir tous les visages, sans dissimulation possible. Et quel spectacle ! Plusieurs avaient les traits relâchés, les yeux vides, la tête pivotante, leur déconcentration s'affichait avec impudeur, leur absence m'agressait littéralement. Quand un éclair passait dans le regard, c'était pour solliciter un autre regard (et pas le mien !).

J'étais devant des sourds à la philosophie, ce qui les rendait muets. Leur corps, leurs gestes, leur allure montraient indécemment le laisser aller, le désintérêt, l'envie d'être ailleurs. Et le pompon, c'est leur sourire, celui du Bouddha en méditation, qui manifeste avec éclat qu'il n'est plus de ce monde. J'étais face à des morts. J'exagère bien sûr, je ne retiens que quelques cas, je généralise abusivement. Mais je traduis en même temps la vérité d'une classe, même si celle-ci est minoritaire.

La sonnerie de fin d'heure a redonné vie à tout ce petit monde, qui s'est alors précipité au dehors pour rejoindre le réel.


En vignette, le dernier corrigé du bac blanc, concernant le commentaire de texte. Je me suis hier trompé, en vous donnant un corrigé de dissertation déjà adressé.

mercredi 13 janvier 2010

Une réforme pas simple.




Conseil pédagogique hier au lycée. Ordre du jour : la réforme du lycée. Malgré les efforts de clarté du proviseur-adjoint, tout ça me semble très compliqué. Et pour quoi faire ? Quand j'étais lycéen, les parcours me paraissaient beaucoup plus simples, on ne se posait pas trop de questions. Etait-ce forcément mieux ? Il n'empêche que j'aime bien la simplicité !

Quelle est l'architecture générale de la réforme (on devrait commencer par là) ? En terminale, la série littéraire va être tournée vers les langues, l'économique vers ... l'économie et la scientifique vers ... la science. Bref on va spécialiser. Communiquer, produire, inventer, voilà comment je saisis ces orientations, qui sont aussi celles de notre société. Et la philo dans tout ça, qui se contente d'apprendre à penser ?

J'ai été un peu surpris, depuis qu'il est question de cette réforme des lycées, de ne pas voir ma petite corporation s'agiter, elle si prompte à le faire, surtout lors des précédentes réformes. J'ai compris ! La philo n'est pas touchée, les horaires sont inchangés, les programmes ne sont pas concernés, donc personne ne bouge.

De nouveaux enseignements (appelés "enseignements d'exploration") apparaissent, dont on ne connaît pas encore les contenus, ni qui exactement va s'en charger : "méthodes et pratiques scientifiques", "société et littérature". J'ai même vu se glisser les "arts du cirque" ! En terminale, le droit sera introduit. Pourquoi pas. En seconde, la nouveauté, c'est la possibilité pour les élèves de faire des stages en entreprise, comme au collège. Et puis, l'éco sera présente dès la première année du lycée.

Autre innovation : les deux heures d' "accompagnement personnalisé" pour tous les élèves. Ça pourra être de l'orientation, du soutien, de l'approfondissement. Des IA-IPR (c'est-à-dire des inspecteurs) viendront nous expliquer tout ça et comment faire avant les vacances de février. Tant mieux, j'en ai besoin !

En vignettes, les deux derniers corrigés du bac blanc.

mardi 12 janvier 2010

Fin du monde.




Le Ciné Philo d'hier soir était exceptionnel. Nous nous sommes greffés à la programmation ordinaire (et par art et essai) pour organiser le débat, en l'occurrence la dernière projection de "2012". Jean-François Paintendre (au milieu de la vignette 2) nous a entretenu de la fin du monde du point de vue scientifique, après que j'en ai exposé l'approche philosophique. Laurent Portois, à ses côtés, est président d'une association d'astronomes, et Jean-François vice-président.

J'ai du mal, à chaque séance de Ciné Philo, à remplir les 30 places gratuites pour les élèves de mon lycée. Même les internes, souvent en quête de sorties, ne sont pas toujours intéressés. Pour "2012", pas de problème, en quelques heures la liste était close, et nous avons prévu une supplémentaire pour suppléer aux éventuelles absences (vignette 1).

Quant à notre public habituel, il n'était pas au rendez-vous. Le film a dû paraître trop commercial, et ce n'est pas le thème de l'échange qui a suffi à le mobiliser. Comme quoi, dans un Ciné Philo, le choix du film est sûrement plus important que le sujet du débat.

lundi 11 janvier 2010

Un crime au lycée.




Un élève assassiné dans un lycée, à la suite d'une rixe stupide : la France s'émeut, le chef de l'Etat s'implique. C'est normal. Mais la violence en milieu scolaire est devenue un leitmotiv un peu irritant ces dernières années. On s'émeut, on se scandalise, et on a raison. Mais on ne réfléchit pas assez, on se laisse submerger par l'émotion.

D'abord, un fait divers ne constitue pas une réalité universelle. La plupart des lycées du pays sont des lieux où les professeurs enseignent et où les élèves apprennent tranquillement. Ensuite la violence s'est introduite dans certains établissements parce que l'accès à l'enseignement secondaire est devenu un phénomène de masse. Ce faisant, les lycées reflètent aujourd'hui beaucoup plus la société et ses problèmes que du temps où ils étaient réservés aux enfants de l'élite.

Nous devons donc trouver les solutions pour que ce genre de drame ne se reproduise pas. Mais n'en tirons aucune conclusion catastrophiste sur l'état de notre système scolaire.

dimanche 10 janvier 2010

Mon vieux cartable.


Il y a 17 ans, quand je suis devenu enseignant, j'ai été confronté dès le premier jour d'exercice à une question pratique, que les élèves aussi connaissent bien : quel moyen de transport de mes cours, agenda et stylos adopter ? Lycéen, j'avais un sac de toile, inimaginable en tant que professeur : il faut un objet qui reflète la fonction, distingue l'homme et inspire le respect. J'ai quelques rares collègues qui ont opté pour l'attaché-case. Non, ça fait trop homme d'affaires ou cadre supérieur. Et puis, ce n'est pas très pratique, pas assez grand : quand les paquets de copies arrivent, il faut du contenant.

C'est pourquoi j'ai opté, dès le début, pour un traditionnel cartable, du genre de ceux que portent fièrement les bons élèves. Mais qu'est-ce qu'un prof, sinon un ancien bon élève qui est passé de l'autre côté du bureau ? Ce cartable, ce n'est pas moi qui l'ai choisi mais ma concubine de l'époque, sous forme de cadeau. Rien qu'en souvenir, je suis tenté de le garder. Mais regardez sur la vignette comme il est, comment il s'est transformé : il est usé jusqu'à la corde ... Mon chat l'a adopté, en a fait un lieu de repos, il adore sa texture, il mâchouille les coins et la poignée, il fait ses griffes dessus, ce qui évidemment n'arrange pas l'état général de mon vieux cartable, qui souffre conjointement de l'âge et des assauts de la bête.

Qu'il était beau pourtant au commencement ! D'une ligne élégante, signée Gérard Henon, il se distingue des gros cartables mastoc de certains collègues, dont les disciplines sont dévoreuses de moult documents exigeant un volume important. Finalement, en philo, notre vrai cartable, c'est notre tête ! Il est constitué de deux compartiments, un grand pour les papiers, un petit pour les instruments de travail. La fermeture-éclair de celui-ci est bousillé. Le joli cuir marron des débuts a disparu en maints endroits, laissant voir une couleur palote du plus mauvais effet. Mon vieux cartable fait peur ou pitié !

Je fais désormais un peu pauvre avec ce cartable d'il y a 17 ans, les élèves qui remarquent tout doivent voir et se moquer. La sagesse m'inclinerait à en acheter un flambant neuf, à jeter l'ancien, ou plutôt à en faire don à mon chat, qui n'attend que mon retour du lycée pour se le réapproprier. Quelle image je donne de moi quand je rencontre l'administration, monsieur le proviseur ! Au pire à un négligent, au mieux à un radin. Mais c'est plus fort que moi : j'y tiens, à mon vieux cartable. Qu'il m'accompagne au dernier jour comme au premier, oui ce serait beau. Pour moi en tout cas, mais pas nécessairement pour les autres.

samedi 9 janvier 2010

Papa, maman, le psy.




J'ai commencé cette semaine, avec les Littéraires, une nouvelle notion, L'inconscient. C'est la seule pour laquelle je me sens obligé de présenter un auteur et sa pensée, au lieu des traditionnels exercices de dissertation ou de commentaire de texte. Il s'agit bien sûr de Sigmund Freud. Pour plusieurs raisons :

- Au bac, un sujet sur l'inconscient est difficilement traitable sans cette référence. Car Freud est si j'ose dire le père de l'inconscient, même s'il a eu beaucoup d'enfants idéologiques.

- La psychanalyse est au coeur de notre époque. Aristote, Kant, Hegel ne disent plus rien, mais les concepts freudiens sont passés dans le langage courant. Même remarque à propos de Karl Marx.

- Les élèves aiment bien qu'on leur parle de Freud : folie, rêve, névrose, acte manqué, enfance, sexualité, éducation, complexe d'Oedipe, papa, maman, voilà des thèmes qui plaisent, qui parlent, qui accrochent.

vendredi 8 janvier 2010

Une étrange scène.

Comme chaque année depuis quinze ans, j'accompagne en car mes élèves à Amiens, au Forum de l'Etudiant, dans Mégacité, pour leur orientation. Je n'aurais pas grand-chose à en dire, sinon une étrange scène que j'ai pu observer. A la porte de la manifestation, une foule de lycéens poireautaient, discutaient, fumaient. Rien que de très normal. Ce qui en revanche l'était un peu moins, c'était un petit groupe d'entre eux (pas de mon lycée), réunis autour d'un drôle d'objet métallique, brillant, d'une forme inhabituelle.

Je ne voyais pas ce que ça pouvait être. Un élève le tenait et d'autres s'emparaient d'embouts reliés au bizarre instrument ! Je me suis un peu rapproché et j'ai vite compris : un narguilé ! S'il y a un endroit où l'on ne s'attend pas à trouver ce genre d'objet, c'est bien là. Le narguilé me fait songer à un lieu de plaisir où il fait chaud, genre palais des mille et une nuits, pas à la sortie d'un hall de conférence où l'on se caille. La scène était vraiment étrange, atypique, décalée, presque irréelle.

D'autant qu'un narguilé se pose sur le sol, qu'on l'utilise confortablement. Là, il était tout à fait encombrant, un élève étant obligé de le soulever et de le maintenir suspendu à sa main (et je n'imagine même pas tout l'encombrement qu'il y a eu à le transporter !). Pourquoi faire ça ? Pour se faire remarquer en faisant original ? Je n'ai pas eu l'impression pourtant que cette petite cérémonie se déroulait avec ostentation. Bref je n'en sais rien, je n'ai aucune interprétation à proposer. Ce que je sais, c'est que cette étrange scène de quelques lycéens autour d'un narguilé aura marqué mon vendredi matin.

jeudi 7 janvier 2010

Gilbert Holbach.


Ma pensée du jour ira à Gilbert Holbach, qui vient de nous quitter. Il a été trésorier de la Fédération des Oeuvres Laïques de l'Aisne durant plusieurs années, remarquable de gentillesse, d'humour et de serviabilité. C'était un laïque de coeur et d'esprit, membre du Cercle Condorcet de l'Aisne, toujours avide d'en savoir plus, de s'instruire.

J'ai eu l'une de ses filles comme élève et l'autre comme collègue, tandis que son épouse travaillait dans l'administration du lycée Henri-Martin. A plusieurs reprises, il m'avait demandé des animations type café philo dans sa ville d'Harly. La dernière en date a eu lieu en août et a été relatée sur ce blog.

Gilbert m'avait parlé d'un projet de café philo pour janvier, j'avais bien sûr dit oui. Mais où, avec qui et sur quel sujet ? Je ne sais pas, nous devions nous revoir, en reparler. Et puis le temps est passé très vite, jusqu'à aujourd'hui, jusqu'à sa soudaine disparition. Je ne saurais peut-être jamais quel était ce projet. Si quelqu'un le sait, qu'il me le dise. J'aimerais quand même le réaliser. Rien que pour lui, pour Gilbert Holbach.

En vignette, l'article de presse consacré à la venue d'Avital Ronell à Henri-Martin. Car la vie continue.

mercredi 6 janvier 2010

Fin du monde.


Ce sera lundi prochain une séance exceptionnelle et quelque peu hérétique du Ciné Philo, puisque nous passerons le film "2 012", pour sa dernière semaine de projection à Saint-Quentin. Les belles âmes de la cinéphilie vont plus de tiquer ! Qu'importe, un film populaire est bon à prendre quand il est un prétexte à penser, en l'occurrence à la fin du monde, un thème de réflexion aussi vieux que le monde.

Nous l'aborderons sous l'angle scientifique avec nos partenaires de Saint-Quentin Astronomie et sous l'angle philosophique avec votre blogueur préféré. Les élèves du lycée ont toujours droit à trente places gratuites, et ça marche puisque tout est déjà complet, à tel point qu'une liste complémentaire a été ouverte. Quand je vous disais que c'était une bonne idée !

mardi 5 janvier 2010

Avital Ronell.




Une philosophe new-yorkaise reçue en grandes pompes au lycée Henri-Martin, ça n'arrive pas tous les jours ni même chaque décennie : c'est arrivé aujourd'hui ! La prépa a accueilli Avital Ronell, disciple de Derrida, et que Philosophie Magazine de ce mois présente comme "la plus rock des philosophes" (vignette 2). J'avoue que je ne connaissais ni la dame, ni la pensée, et j'ai fait une belle découverte : elle interroge notre quotidien, téléphone, addiction, manie des tests, mais aussi ce sujet universel, de tous les temps, la stupidité. C'était passionnant.

Comme nous sommes en France, tout a commencé par un repas, dans la salle à manger du lycée, ouverte pour les grandes occasions. C'en était une. Avital est américaine, donc sympa, marrante, directe, très tactile et ... végétarienne. Autour d'elle, à table, que du beau monde : monsieur le proviseur, monsieur le proviseur-adjoint, monsieur le principal, monsieur l'inspecteur de philosophie, monsieur le conseiller principal d'éducation, monsieur le proviseur du lycée européen de Villers-Cotterêts, monsieur je-ne-sais-plus-qui de l'Education Nationale, mon collègue prof de philo en prépa, ma collègue prof d'allemand en prépa ... et moi.

Dans la salle où les étudiants faisaient leurs exposés devant l'illustre invitée (on appelle ça une master class), j'ai pris place au milieu de mes littéraires. Nous avions un peu préparé la rencontre, et trois élèves avaient prévu quelques questions. Mais l'occasion ne s'est pas présentée de les poser, le contenu des interventions ne s'y prêtant pas vraiment. Peu importe d'ailleurs, l'essentiel est que les élèves aient écouté jusqu'au bout sans faiblir. Et trois heures dans la chaleur d'un lieu clos occupé par une centaine de personnes soumis à des propos pas toujours évidents à suivre, je dis chapeau ! Je reparlerai de tout ça en cours demain avec eux.

lundi 4 janvier 2010

Des voeux partout.




Meilleurs voeux ! Bonne année ! Le lycée était plein de ces politesses aujourd'hui, on ne pouvait pas y échapper. Je ne suis pas très féru de traditions, mais j'y sacrifie volontiers, pour ne pas passer pour un mauvais esprit. J'ai bien sûr présenté mes voeux à mes classes. Mais là, il y a un intérêt pédagogique : les encourager, arrivés, mine de rien, à mi-parcours de l'année.

Juste après, j'ai rendu leurs copies de bac blanc (voir les corrigés en vignette 1 et 2). Une élève a pleuré, sa note était vraiment mauvaise. Dans l'après-midi, je ne l'ai d'ailleurs pas revu. Voilà précisément à quoi servent des voeux, qui en l'espèce n'auront pas été entièrement efficaces : rappeler que rien n'ai joué, que des progrès peuvent encore advenir, qu'il ne faut précisément pas se froisser d'un mauvais résultat mais comprendre et s'améliorer.

Sinon, la rentrée a été non pas difficile mais plutôt pas complètement évidente. Bref, il faut s'y remettre, et les habitudes se perdent assez vite. Avec la semaine de surveillance du bac blanc, cela en faisait trois que je n'avais pas enseigné. La reprise s'est donc fait sentir, d'autant qu'une classe, que j'ai dû recadrer, traînait un peu des pieds. Là est la peine du métier : non pas la préparation des cours, non plus la correction des copies, mais ce face-à-face avec les élèves qu'un enseignant n'a pas le droit de rater, au risque de couler.

Erratum : j'ai annoncé hier un chiffre inexact de copies consacrées au sujet sur la vérité ; il faut en rajouter 6, et une de plus en ce qui concerne le sujet sur l'éducation. Mais ça ne change pas grand-chose quant à l'appréciation générale.

dimanche 3 janvier 2010

Bac blanc des TL1.

Dernier jour des vacances, et derniers résultats du bac blanc, les Littéraires. Voilà l'échelle des notes :

4 : 1
7 : 4
8 : 2
9 : 3
10 : 1
11 : 3
12 : 4
13 : 3
14 : 2
15 : 2
16 : 1
17 : 1

Mes commentaires : il y a une bonne répartition des notes. Mais une trop grande minorité a donné des résultats insatisfaisants. Et puis il y a un très vilain 4, proprement inacceptable ! Je les retrouve demain, on s'expliquera.

Je retiens de ce premier bac blanc les énormes disparités dans le choix des sujets. Sur trois classes, 89 élèves présents, 81 ont choisi "Désirer, est-ce nécessairement souffrir ?", 6 ont opté pour "Que nous apporte la vérité ?". Un seul candidat a pris le commentaire de texte de Descartes, un autre, absent le jour de l'épreuve, a traité un sujet complémentaire "Éduquer l'individu, est-ce porter atteinte à sa liberté ?".

samedi 2 janvier 2010

Bac blanc TES2.

Voici l'échelle des notes pour le bac blanc des TES2 (à gauche la note, à droite le nombre de copies) :

6 : 1
7 : 2
8 : 3
9 : 6
10 : 6
11 : 4
12 : 4
13 : 3
14 : 1
15 : 3
18 : 1

Qu'en penser ? D'abord il n'y a eu aucun absent, ce dont il faut se féliciter. Ensuite les copies qui dépassent la moyenne sont largement majoritaires, ce qui est bien. Enfin les mauvaises copies sont une toute petite minorité, ce qui est rassurant. Et puis, il y a ce joli 18, qui fait mentir tous ceux qui croient qu'en philo on ne pourrait pas avoir d'excellentes notes. Et pourquoi donc ?

En revanche, qu'est-ce qui ne va pas ? "L'embouteillage" autour de 9-10. 12 copies qui ne sont que moyennes, que j'ai donc eu du mal à franchement départager (ni bon ni mauvais en fin de compte), ce n'est pas satisfaisant. La meilleure répartition des notes est celle qui est la plus égale possible, sachant qu'on ne peut pas rêver d'une classe où toutes les notes seraient excellentes.

Demain, last but not least, les résultats des TL1.

vendredi 1 janvier 2010

Réussite et courage.


A tous mes élèves, je formule des voeux de réussite pour l'examen qui va terminer l'année scolaire et commencer pour eux une nouvelle vie. Et pour parvenir à ce résultat final, qui justifie tout notre travail, je présente des voeux de courage et de persévérance. Quatre mois sont passés depuis la rentrée, des résultats bons ou mauvais ont été engrangés, la tentation est grande de désespérer quand ça ne va pas ou de se laisser aller quand ça va bien. Il faut renoncer à l'une et à l'autre de ces tentations. Courage, travail, persévérance, il n'y a que ça qui compte. Et dites-vous bien que rien ne sera joué avant début juillet, car telle est la vérité.

Bonne année à toutes et à tous.


Vignette : mes voeux "officiels" dans le cadre de mes activités périscolaires.